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Discours d’installation (Version plus longue)      Chaire d’études sur Wesley      
Howard A. Snyder                                       16 octobre, 2007
Séminaire Tyndale, Toronto, Ontario      

Le monde vu à travers des lentilles wesleyennes 
Howard A. Snyder

L’invitation d’enseigner au Séminaire Tyndale a été une surprise pour moi; c’était complètement inattendu.  J’ai toutefois vite ressenti que la main de Dieu était là-dedans.  Depuis, cette conviction a été confirmée et de plusieurs façons.

Mon assignation spécifique ici concerne la théologie et la pratique wesleyenne. Cette opportunité a été rendue possible grâce à la prévoyance de l’évêque Donald Bastian et Mme Kathleen Bastian, et au leadership et à la participation des confessions religieuses qui ont été les sponsors de ce projet (Brethren in Christ, l’Armée du salut, l’Église du Nazaréen, et l’Église wesleyenne) ainsi que la Fondation Lorne Park, dont le président actuel est le révérend Lloyd Eyre. Je veux leur exprimer mon appréciation ainsi qu’à l’évêque Keith Elford, aux membres des Études sur Wesley, et aux représentants  de ces confessions religieuses, soit au président, Brian Stiller, à la doyenne, Dean Janet Clark, au Conseil d’administration du Séminaire Tyndale, ainsi qu’à mon prédécesseur à ce poste, le professeur Victor Shepherd.

Je veux rappeler ici que la Chaire d’études sur Wesley a été créée afin que les « Wesleyens » deviennent un partenaire de dialogue comme le sont les Luthériens, l’Église réformée, les Baptistes, les Pentecôtistes et autres confessions religieuses chrétiennes ». Son objectif sera de présenter aux étudiants un enseignement approfondi  de la vie, de la théologie et des pratiques de John et Charles Wesley et du mouvement méthodiste. Cela permettra aussi aux étudiants des confessions wesleyennes d’analyser et d’étudier en profondeur la pensée et la pratique wesleyenne. »  (Tiré de la brochure The Donald N. and Kathleen G. Bastian Chair of Wesley Studies)  Je m’engage à promouvoir cette vision et ces objectifs.  Je suis d’accord avec la description faite par le professeur Shepherd de John Wesley : « Ce petit homme qui avait une grosse voix et un cœur encore plus grand se situe au centre de la grande tradition chrétienne.  Cette chaire de Tyndale  est destinée à revigorer l’Église au Canada en récupérant le témoignage de cet évangéliste, ce théologien, ce saint, cet ami de toute la grande ‘famille  chrétienne ’ qui n’a jamais cessé de soulager quelque forme de détresse humaine que ce soit »  (Brochure –  Chaire d’études sur Wesley ).

Je voudrais décrire la mission de la Chaire Wesley comme suit : aider les étudiants à voir le monde à travers des lentilles wesleyennes lorsqu’ils dialoguent avec des personnes d’autres traditions chrétiennes, et de façon générale, enrichir le discours théologique à  ‘Tyndale University College and Seminary’ grâce à l’interaction fournie par les perspectives wesleyennes. 

Je réalise, bien sûr, qu’il y a « différents Wesley(s), » c’est-à-dire qu’il existe différentes interprétations des frères Wesley, de leur théologie et de leur pertinence contemporaine.  J’ai grandi au sein de l’Église méthodiste libre et j’ai donc connu John Wesley  en premier à travers les lentilles d’une confession religieuse et aussi à travers les lentilles du Mouvement de sainteté du 19e siècle.  Depuis mes années au séminaire, dans les années 1960, je me suis approprié les ‘Wesley’ eux-mêmes, et en particulier, la vie et les écritures de John Wesley. Et cela est devenu le centre d’intérêt principal de mon cheminement spirituel et de mes travaux théologiques. Quand je parle de ‘lentilles wesleyennes’,  cela signifie pour moi : voir l’Évangile et le monde de la même façon que John Wesley les a vus, tout en tenant compte du changement dramatique de contexte entre le 18e siècle, en Angleterre,  et le 21e siècle au Canada, et incluant ses connexions mondiales.   

Que signifierait donc « voir le monde à travers des lentilles wesleyennes »?   Certains d’entre vous penseront peut-être : « Je vois le monde bibliquement ; j’ai une vision chrétienne mondiale. » Or, les visions mondiales ‘chrétiennes’ varient énormément. Toutes les lentilles ne sont pas pareilles puisque certaines sont très claires, certaines causent plus de distorsion que d’autres, et certaines bloquent une partie de la vision biblique en bloquant une partie du spectre. 

Il existe une  façon wesleyenne  de regarder  le monde et tout ce que cela comprend. Je suis convaincu que la force des lentilles wesleyennes provient du fait qu’elles offrent une vue détaillée et complète, quelles que soient ses limites.

Plusieurs aspects de la façon de Wesley de voir le monde, soit  sous un grand-angle sont particulièrement importants.  Ensemble, ils nous fournissent une vision biblique élargie du monde qui est plus compréhensive que celle que nous en avons habituellement aujourd’hui. 

Wesley avait sans doute ses « angles morts » mais sa vision élargie était remarquable.  Plusieurs avantages particuliers ont élevé la vision de John Wesley au-delà de la plupart des ‘grands noms’ de l’histoire chrétienne.  Wesley a été béni par son éducation chrétienne bien-informée et tout particulièrement grâce à une mère sage qui l’a aidé à réfléchir en profondeur. 

Il avait un esprit « les deux/et » plutôt que « les deux/ou »  puisqu’il était rationnel et poète, fasciné par le langage, habile avec les métaphores et le paradoxe, tout en étant intéressé à la logique et aux découvertes scientifiques. (Nous dirions aujourd’hui que les deux côtés de son cerveau étaient très bien développés.) Il était un lecteur avide et avait des goûts très divers et variés. Ses antécédents dans l’Église anglicane, à travers les média de l’Écriture, la raison et la tradition, lui ont ouvert un grand éventail aux niveaux de l’histoire et de la théologie.  Il a étudié à Oxford alors qu’on redécouvrait les sources chrétiennes du début de la chrétienté.  Il a vécu alors que l’âge de la raison était à son apogée, mais dans une époque  où un nouvel intérêt était démontré pour l’expérience et les émotions humaines.   

 Il a lu au sujet des découvertes reliées au  « Nouveau monde » et aussi au sujet du vaste Empire britannique.  Il a vécu l’expérience de la révolution industrielle et expérimenté la force de l’électricité qui venait d’être découverte.  À travers l’influence du Mouvement de piété et particulièrement avec les frères moraves, son cœur a été « réchauffé par Dieu d’une façon étrange », ce qui a déclenché en lui une spiritualité plus profonde et une nouvelle passion pour l’évangélisation et le renouvellement de l’Église.

Enfin, Wesley était physiquement vigoureux et il a eu une longue vie (1703 à 1791), et a conservé un esprit alerte et curieux. Il est aussi demeuré un homme de prière jusqu’à sa dernière heure.   (Wesley a déjà noté dans son journal, alors qu’il avait soixante-cinq ans, « En descendant d’une des montagnes hier, je m’étais étiré un muscle de la cuisse.  Aujourd’hui, on pourrait dire que c’était pire ; mais, pendant que je me rendais à au Château Barnard, le soleil a tellement réchauffé ce muscle qu’avant même d’être arrivé en ville, c’était déjà beaucoup mieux. »  )

Ce mélange inhabituel de caractéristiques ne se trouve nulle part ailleurs dans l’histoire de l’église.  Wesley percevait ces avantages comme un témoignage envers la providence de Dieu en action.

Toutes ces choses mises à part, John Wesley avait une personnalité qui suscitait la curiosité.  Sire Walter Scott a raconté que lorsque qu’il n’était qu’un gamin, il avait eu l’occasion de parler à Wesley. Debout sur une chaise dans la cour de l’église Kelso, Wesley prêchait aux foules.  Des années plus tard, Scott a dit : « Wesley était une personne vénérable, mais ses sermons étaient vraiment trop familiers au goût de [certains].  Il a raconté plusieurs excellentes histoires. » Selon Scott, Wesley a dit qu’une fois, il avait tapé sur l’épaule d’un soldat en état d’ébriété après l’avoir entendu dire, « Que Dieu me damne! » Le soldat, fâché, s’est alors retourné brusquement et c’est alors que Wesley lui a dit calmement : « Vous vouliez dire ‘Que Dieu vous bénisse’… ».  Scott souligne que « dans sa façon de nous raconter cette histoire, Wesley n’a pas manqué de nous rendre sensible à combien son apparence patriarcale et douce, mais pourtant audacieuse, a impressionné le soldat qui a touché le rebord de son chapeau, l’a remercié… et je crois qu’il est allé à la chapelle ce soir-là. ». 

Je dirais que la façon d’observer le monde de Wesley, et les objectifs de Dieu qui en font partie, nous offrent une signification durable. Je mets tout particulièrement l’accent que Wesley mettait sur les Écritures, sur l’image de Dieu, sur l’Évangile pour les pauvres, sur la sagesse de Dieu dans la création, sur le salut en tant que renouvellement de l’image de  Dieu, sur l’espoir audacieux, sur une église renouvelée, et sur la restauration de toutes choses.

I.  Les lentilles des Écritures

John Wesley fut reconnu comme « un homme qui ne se fiait qu’à un livre ».  Bien sûr, il était un homme qui avait lu des milliers de livres, en plus des journaux, des revues, et des brochures.  Par contre, il était très clair au sujet de l’autorité ultime de la Bible.

Pour Wesley, la Bible était la pierre de touche de l’autorité sur toutes les questions de foi et de pratique.  C’était en fait les lentilles qu’il utilisait pour voir la réalité ; sa façon de voir le monde (comme nous le dirions aujourd’hui) ; la narration révélée et officielle de ce que Dieu avait accompli, promis d’accomplir, et qu’il accomplirait sûrement. 
 
Cela est absolument capital et nous comprenons mal Wesley si nous ne réussissons pas à saisir ce point. Nous pouvons discuter des interprétations de Wesley concernant des points spécifiques, mais sa conviction et son intention étaient clairs. 

Wesley a utilisé les Écritures de façon particulière.  La Bible est la narration officielle du salut. Il ne s’agit pas premièrement d’un compendium de doctrines mais de l’histoire de la création, du péché, et de la rédemption à travers Jésus-Christ.

Wesley dit que la Bible devrait être interprétée « en accord avec la foi » (Romains 12.6),  en comparant les Écritures avec les Écritures.  Voilà le principe clef de Wesley, tel qu’il l’a énoncé: « l’accord de toute partie des Écritures avec chacune des autres parties ».  

Pour bien saisir cette compréhension biblique globale,  il est certain que cela exige un projet original de narration, un scénario grâce auquel chacun des passages sera interprété.  À mesure qu’il avançait en âge, Wesley était de plus en plus convaincu concernant ce projet de narration; Dieu, en Jésus-Christ, à travers le Saint-Esprit, est en train de se réconcilier avec le monde  en restaurant « toutes choses ».

Les sermons de Wesley illustrent bien cela.  Si les 151 sermons qu’il a publiés n’exposent généralement pas l’Écriture de façon systématique, on doit remarquer que le tiers ou plus de ces sermons contient des paraphrases ou des citations qui proviennent directement des Écritures. 

Voir le monde à travers des lentilles wesleyennes, cela signifie qu’il faut tout observer, soit nos vies, l’Église, et le plan du Royaume de Dieu, à travers les lentilles des Écritures qui font autorité et qui les interprètent à la lumière de l’œuvre rédemptrice de Dieu en Jésus-Christ.

II. Voir l’image de Dieu

Voir le monde à travers des lentilles wesleyennes signifie : voir l’image de Dieu dans chaque personne. La vision wesleyenne se distingue par cette note positive : « Chaque être humain, homme ou femme, est créé à l’image de Dieu. »

Wesley a remarqué combien l’image de Dieu avait été défigurée chez les êtres humains et dans la société à cause du péché.  Pourtant, pour lui, le péché n’a pas eu le premier mot et il n’aura pas le dernier mot non plus. 

Les sermons de Wesley  « Sur la chute de l’homme » et sur « Le mystère de l’iniquité » démontrent en détails les effets déformants du péché.  

Wesley croyait pourtant aussi à « L’approbation de Dieu concernant ses œuvres » dans la création,  à une « Délivrance générale, » et à « Une nouvelle création » (pour ne citer que quelques titres de sermons-clefs). 

Les lentilles wesleyennes débutent avec de bonnes nouvelles-un Dieu bon a créé de bonnes personnes au sein d’une création bien équilibrée au plan écologique et Dieu lui-même  a déclaré que c’était « très bon ».

Dans le récit wesleyen, l’histoire de l’Évangile passe des bonnes nouvelles de la création à l’image de Dieu aux mauvaises nouvelles du péché et de la distorsion, avant de revenir aux bonnes nouvelles de la rédemption et de la nouvelle création à travers Jésus-Christ, par la puissance de l’Esprit.

Non seulement tout cela ne provient pas uniquement de la pensée wesleyenne mais cela est biblique et devrait être vrai aussi pour tout le christianisme fidèle.  Selon la compréhension wesleyenne trois points sont cruciaux :

Premièrement, étant donné que la création a été faite à l’image de Dieu, cela signifie que toutes les personnes reflètent le caractère de Dieu et que les humains ont la capacité d’exercer la bonté, la sagesse, la créativité, la justice, et l’amour divin. Voilà pourquoi des mauvaises personnes peuvent parfois accomplir de bonnes choses ; voilà pourquoi des parents, même s’ils sont « méchants » savent comment faire de bons cadeaux à leurs enfants (Mathieu 7.11). 

Tous les êtres humains portent en eux quelque chose qui reflète le caractère de Dieu.  Cela est notre gloire, notre potentiel, et la possibilité inhérente que la grâce de Dieu saisit lorsque nous nous tournons vers Jésus-Christ et que, par l’Esprit, nous nous ouvrons à la puissance transformatrice de Dieu. 

Deuxièmement, il s’agit d’une image sociale.  Dieu est Trinité, et la race humaine est mâle et femelle et ils sont compatibles.  Ils sont faits pour la famille et la communauté. Nous ne trouvons pas notre vraie identité « en tant qu’individus » isolés, pas plus que Jésus-Christ a trouvé sa vraie identité en étant séparé du Père  et de l’Esprit.  Pour être à l’image de Dieu, nous devons être des personnes sociables et communautaires.  La personne et le caractère de Dieu sont trin (triune).  La sociabilité et la capacité de vivre en communauté constituent la nature de la personne – premièrement en Dieu, et ensuite dans la race humaine.

Troisièmement, dans la perception de Wesley l’image de Dieu nous connecte au reste de la création, plutôt que de nous en séparer. Concernant ce qui suit, la perception wesleyenne est en désaccord avec une bonne partie du christianisme populaire.

Ici, il est important de comprendre Wesley puisque sa vision compréhensive du salut en dépend. La création à l’image de Dieu signifie que nous sommes à la fois « semblables et non pas semblables » à Dieu. Et cela signifie encore que nous sommes à la fois semblables et non pas semblables au reste de la création. Dieu est infini; nous ne le sommes pas… et nous avons été marqués par le péché. Tout comme les autres créatures de la terre, nous sommes limités et nous existons dans un monde spatio-temporel qui est cette bonne vieille terre. Tout comme les autres créatures, nous sommes dépendants face à la nourriture, l’eau, l’air, et la terre. Dieu nous a faits de cette façon ; nous sommes interdépendants et nous partageons la même écologie terrestre.

Wesley comprenait cela. C’est sans doute pourquoi il avait partiellement autant d’intérêt pour  les jardins, pour toutes les créatures de la terre, et aussi pour notre façon de nous occuper des animaux. Wesley voyait les êtres humains qui reflétaient l’image de Dieu, au sens primaire, et toute la création qui reflétait Dieu, au sens secondaire. 

Les humains sont uniques à cause de leur capacité particulière de réagir envers Dieu de façon consciente, volontaire, et responsable. Ils ont donc un appel unique en tant qu’intendants de la création au complet.  Les hommes et les femmes sont « capables de démontrer les attributs de Dieu » (d’après les deux frères Wesley). Ils ont donc des capacités que les autres créatures terrestres n’ont pas.  Pourtant, le cheval, le chien, l’arbre, la fleur, et même les pierres des champs et les galets du rivage reflètent aussi l’image de Dieu dans un sens plus faible. Tout ce qui existe dépend de Dieu pour son existence et sa préservation.  Quel que soit leur composition, leur ordre, leur complexité, et leur interdépendance, tout ce qui existe révèle quelque chose au sujet de Dieu.  Tout cela s’insère dans l’écologie plus élargie de l’œuvre créatrice et rédemptrice de Dieu. 

Tout comme ses contemporains, John Wesley a utilisé l’idée ancienne d’une « grande chaîne d’existence » qui descend selon une graduation presque infinie allant de Dieu à la particule la plus infime et démontrant une telle capacité d’interconnexion qu’on a peine à l’imaginer.    Wesley comprenait toutefois cette “chaîne” de façon biblique, mais non pas au plan philosophique.  Il était convaincu de la souveraineté de Dieu, de l’unicité humaine et de la nature pécheresse des humains ainsi que de leur besoin de rédemption grâce au sang de Jésus-Christ.  Par contre, il voyait le processus complet du salut en relation avec cette interconnexion.  Dieu rachètera la création au complet et non pas seulement la partie humaine de cette création parce que Dieu a des intérêts investis dans la création au complet.

Voir le monde à travers des lentilles wesleyennes signifie donc: voir chaque personne et aussi toute la création comme reflétant/portant l’image de Dieu à un degré approprié.

III. À travers les yeux des pauvres

Un jour, John Wesley a écrit, « J’aime les pauvres parce que, dans plusieurs d’entre eux, je découvre une grâce pure et authentique, sans ce mélange de maquillage, de sottise et d’affectation. »  Il disait : « Si j’en avais le choix, je prêcherais l’Évangile aux pauvres, comme je l’ai fait jusqu’ici. » Robert Southey a fait remarquer « que la sorte de vie que Wesley a vécue l’a conduit dans une sphère plus basse de la société que celle où il aurait aimé emménager. Par contre, Wesley trouvait que ce changement s’était transformé en gain pour lui. »  

Wesley a découvert plus d’ouverture et d’authenticité parmi les pauvres et ceux qu’il appelait « la classe moyenne » que dans les classes supérieures. Il pensait que prioriser un  ministère envers/avec les pauvres faisait partie de la stratégie de Dieu.  Alors qu’il commentait sur Hébreux 8.11, « en effet, tous me connaîtront, du plus petit jusqu’au plus grand d’entre eux », Wesley a fait remarquer que « c’est dans cet ordre que la connaissance concernant le salut de Dieu s’est toujours faite et se fera toujours ; non pas en premier lieu aux plus grands et ensuite aux plus petits. » Wesley a dit que prêcher la Bonne Nouvelle aux pauvres constituait  « le plus grand miracle de tous » ; un miracle, puisque l’église ne fera jamais cela à moins qu’elle en soit habilitée par l’Esprit et fascinée par le caractère de Christ.  Si une église prêchait l’Évangile aux pauvres, cela serait un plus grand miracle que si des guérisons physiques étaient impliquées. Parmi tous « les signes et merveilles dans l’église, » voilà ce qui est le plus grand.  Il est plus miraculeux pour une église qui transcenderait de cette façon les « lois » de la sociologie  et de la propriété sociale que si elle transcendait les « lois » de  la physique ou de  la physiologie en obtenant un miracle de guérison physique.

En général, Wesley rejetait  la distinction que les gens font normalement entre  la pauvreté matérielle et la pauvreté spirituelle.  Wesley a dit que Jésus, dans sa proclamation du Jubilé, qui se trouve dans Luc 4.18-20, parle des personnes qui sont pauvres, qu’il s’agisse littéralement de la pauvreté matérielle que de  la pauvreté spirituelle ».

Wesley savait que l’église est aussi apostolique que prophétique quand elle exerce le ministère de l’Évangile parmi les pauvres de manière fidèle aux mots, à l’œuvre, et à la vie de Jésus-Christ. Cela exige clairement qu’on soit rempli du Saint-Esprit, celui  par lequel le Fils « s’est dépouillé lui-même en prenant la condition d’esclave, » s’est humilié lui-même en devenant « obéissant jusqu’à la mort’ » (Philippiens 2.7-8). Il s’agit là du modèle christologique concernant l’ecclésiologie.

Wesley a appris que l’enseignement du Nouveau Testament sur les dons spirituels (charismata) a une signification particulière pour les pauvres. Les dons de l’Esprit sont de bonnes nouvelles, particulièrement pour les pauvres, parce qu’ils révèlent que cette habileté divine qui vient de Dieu ne dépend pas du statut social, de la richesse, de l’éducation, ou des crédits obtenus, mais tout bonnement d’une ouverture face à l’opération du Saint-Esprit. Voilà pourquoi les mouvements « charismatiques » (sociologiquement parlant) ont généralement débuté chez les pauvres.

Être wesleyen signifie voir le monde à travers les yeux des pauvres, et incarner la Bonne Nouvelle parmi eux.

IV. La sagesse de Dieu dans la création

Wesley aimait tellement la phrase « la sagesse de Dieu dans la création » qu’il publia un livre complet à ce sujet, A Survey of the Wisdom of God in Creation (abrégé d’une étude sur la sagesse de Dieu d’un autre auteur.). La sagesse de Dieu dans la création a un sens pratique, soit de rendre gloire à Dieu,  mais il s’agit aussi d’un appel à l’intendance.  Dans un sermon, Wesley a dit, « Dieu est en toutes choses », et nous devons voir le Créateur à travers une lentille qui nous fait voir toutes les créatures. Nous devrions aussi voir et utiliser toutes ces choses  comme n’étant pas séparées de Dieu, ce qui semble être en fait une sorte d’athéisme pratique…, mais avec une vraie magnificence de la pensée, observer et étudier le ciel et la terre et tout ce que cela contient comme s’ils étaient contenus  dans le creux de la main de Dieu qui, par sa présence intime, les maintient en vie et les imprègne en actualisant la structure complète qui est créée ; voilà ce qui est vraiment l’âme de l’univers. » 

Dans cette recherche, Wesley a écrit, « La vie qui subsiste sous de millions de formes démontre la vaste diffusion de la puissance animatrice de Dieu et la mort démontre la disproportion infinie qui existe entre Lui et chacun de tous les êtres vivants ou choses vivantes… Même les actions des animaux deviennent un langage éloquent et pathétique. C’est de cette façon que chacune des parties de la nature nous dirige vers le Dieu qui est maître de cette nature. »

L’image de Dieu dans chacun des êtres humains, et de façon plus élargie, dans toute la création, démontre sa sagesse concernant cette création et devient la base nécessaire pour la sagesse de Dieu dans la rédemption et la nouvelle création. Pour Wesley, tous ces éléments ne forment qu’un tout, une seule histoire.

Le fait de voir la sagesse de Dieu dans la création nous incite non seulement à le louer mais aussi à prendre soin de la création et à comprendre l’intention de Dieu ainsi que l’étendue impressionnante de la rédemption. En accord avec la grande tradition de l’enseignement chrétien, Wesley affirme que ce que Dieu a créé, préservé, et dont il se soucie, c’est que cela soit racheté à travers Jésus-Christ que Dieu a désigné comme héritier de toutes choses. » (Hébreux 1.2)

V. Le salut en tant que restauration de l’image de Dieu

Jésus-Christ est l’image parfaite du Dieu vivant et bienfaisant et le salut constitue la restauration de cette image. Cela a été un thème consistant et sur lequel Wesley n’a pas cessé d’insister. Grâce à Jésus-Christ, les chrétiens sont « restaurés à l’image de Dieu.» 

Wesley a décrit ‘ceux qui appartiennent au vrai christianisme’ comme des personnes qui ont la pensée de Christ, qui sont renouvelées à l’image de Christ, et qui marchent comme Jésus a marché.  La sainteté est la ressemblance à Christ rendue possible grâce au Saint-Esprit.  Wesley a prêché la justification par la foi et la nécessité de la nouvelle naissance. Mais, le but du salut est plus que la justification; c’est la sanctification – une transformation profonde à l’image de Christ et selon sa pensée.

La nouvelle naissance constitue donc une entrée dans une nouvelle façon de vivre au plan relationnel. Elle établit une nouvelle relation d’amour avec Dieu et avec la Trinité; avec la famille chrétienne et avec l’église; avec nos voisins/notre prochain, qu’ils soient près ou loin de nous; et en fait, avec toute la création. La croissance dans la sainteté, c’est grandir en ressemblant de plus en plus à Christ, non seulement en tant qu’individus,  mais ensemble en tant que communauté, alors que l’Église entière grandit jusqu’à ‘la plénitude de Christ’. (Éphésiens 4.12-16)

Cela est extrêmement pratique.  Wesley comprenait que les croyants  peuvent s’aider les uns les autres à connaître Jésus-Christ profondément par le déversement de l’Esprit sur eux et aussi en vivant ensemble en communauté chrétienne. Cela sert de déclencheur pour une mission qui ressemble à Christ dans le monde. Wesley a parlé d’une « sainteté à la fois intérieure et extérieure » qui consiste à aimer Dieu de tout son cœur, de toute sa force, de toute son âme, de toute sa pensée, et aimer aussi notre prochain (qu’ils soient près ou loin de nous) comme nous nous aimons nous-mêmes.

Étant donné que l’image de Dieu est sociale et relationnelle, le salut signifie la restauration d’une communauté authentique, ce que Wesley a appelé « le christianisme social » ou « la sainteté sociale ». Il ne voulait pas dire qu’elle devait être d’abord une justice sociale mais plutôt que le salut lui-même était quelque chose de social.  La vraie foi est sociale puisque Dieu est Trinité, et puisque son image au sein de la race humaine est sociale, et parce que le plan de Dieu est la restauration d’une communauté saine, shalom, à travers sa création au complet.

L’image de Dieu qui n’est pas présente uniquement dans l’humanité mais aussi présente de façon moins visible dans la création au complet offre à Wesley la base théologique nécessaire pour le salut en tant que « restitution » ou la « restauration » de toutes choses. (Matthieu 17.11, Actes 3.21). Le salut à travers le sang de Jésus-Christ, et particulièrement grâce à sa résurrection, signifie que Dieu est en train de créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre. Dieu est en train de préparer une restauration totale de la création qui est plus glorieuse et florissante que le prototype original.

Pour Wesley, il s’agit d’une réalité et d’une mission actuelles, et non pas seulement d’un espoir pour l’avenir.   Le salut restaurateur signifie que les hommes et les femmes peuvent déjà  être remplis par l’Esprit aujourd’hui et remplir leur appel original en tant qu’intendants. Dans « The Good Steward » (le bon intendant), Wesley a écrit, « aucun autre caractère ne convient plus exactement à l’état présent de l’homme que son rôle  d’intendant… Cette appellation est exactement ce qui décrit sa situation actuelle dans le monde. Cela spécifie quelle sorte de serviteur il est pour Dieu, et à quelle sorte de service son maître divin s’attend de sa part. »

Si « être sauvé » signifie « marcher avec Jésus », cela implique une énorme signification éthique quant à notre statut de disciple. Ceux qui font partie du peuple de Dieu ne sont pas seulement les récipiendaires de la restauration de Dieu mais ils sont aussi joints à Jésus par l’Esprit dans son corps. Ils sont aussi des agents de cette restauration, dans ce plan de Dieu  qui « réconcilie… toutes choses, que ce soit des choses sur la terre ou des choses dans les cieux » (Colossiens 1.20).  En ce sens, les chrétiens sont « les co-ouvriers de Dieu » dans ce travail. 1 Corinthiens 3.9, et 2  Corinthiens 6.1)

VI. Un espoir audacieux provenant de la grâce de Dieu

La compréhension de John Wesley concernant l’œuvre que Dieu veut accomplir dans le monde est donc audacieusement optimiste. Albert Outler a parlé de « l’optimisme gracieux/ généreux » de Wesley. En commentant le sermon de Wesley, « The New Creation » (la nouvelle création), Outler cite « l’optimisme sans défaillance de Wesley. . . un optimisme de la grâce plutôt qu’un optimisme naturel. » 

La théologie wesleyenne est saturée d’espoir, d’attente, d’optimisme de la grâce et de la grâce de l’optimisme. Cet espoir n’est pas basé sur l’intelligence ou la technologie humaine mais bien sur la résurrection de Jésus, sur la promesse de Dieu et sur l’œuvre actuelle de l’Esprit.

Dans la façon de voir de Wesley, « l’économie » de Dieu, en ce qui concerne le salut, est enraciné dans le caractère personnel et bienfaisant de Dieu et dans la correspondance qui existe entre la nature divine, la nature humaine, et l’ordre qui a été créé.

En contraste avec Augustin et Calvin, Wesley met en équilibre l’emphase sur le péché originel et l’optimisme dynamique concernant les possibilités de la grâce bienfaisante de Dieu dans l’expérience humaine et dans la société.

Peut-être bien que les échecs fréquents de l’église, lorsqu’ils ont tenté de transformer le monde par la puissance de l’Évangile de Jésus, étaient surtout causés par un manque d’espoir ; ils étaient incapables de croire que Dieu accomplirait ses promesses et ils ont donc raté l’occasion d’agir dans l’espoir que la volonté de Dieu serait accomplie sur la terre comme au ciel. 

Romains 8.20-21 nous rappelle que « la création a été sujette à la frustration, non par son propre choix, mais par la volonté de celui qui l’avait rendue sujette à l’espoir que la création elle-même serait libérée de la servitude de la corruption et amenée à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. »   

 Si « la création attend avec un ardent désir » (Romains 8.19), nous devrions faire de même. Si Satan réussit à nous convaincre que le monde est sans espoir, nous devenons moins confiants dans notre témoignage et notre ministère.  Ou, à l’inverse de ce que dit la Bible, nous nous attendons seulement au salut d’âmes désincarnées, au ciel et pour l’éternité.  Nous oublions le plan de Dieu à travers Jésus-Christ qui était de se réconcilier toutes choses, qu’il s’agisse des choses sur terre et des choses au ciel, en faisant la paix, grâce au sang versé sur la croix » (Colossiens 1.20).

Ce plan divin est ce qui définit notre mission et cette mission est irrépressible; il est un plan d’espoir ; l’espoir audacieux et gratuit qui ne vient ni de la confiance en soi, ni de la technologie ou de l’argent, mais des promesses de Dieu.

C’est ici que la théologie wesleyenne entre en conflit avec beaucoup des mouvements évangéliques populaires. L’optimisme de  la grâce s’en trouve diminué de deux façons : par une eschatologie discontinue et disjonctive qui suggère une brisure trop tranchante entre cet âge et l’âge à venir (le royaume de Dieu dans sa plénitude), et par une vision dualiste du monde.

Beaucoup de chrétiens voient la vie sur terre comme quelque chose d’inférieur, d’un niveau plus bas, et ils voient l’existence spirituelle comme quelque chose de supérieur, d’un tout autre niveau. Ils ne voient aucun lien réel entre les deux sinon à travers la prière et des miracles occasionnels (ou à travers le parler en langues, chez les personnes qui sont  pentecôtistes ou charismatiques).

Cette façon de voir les choses n’était pas celle de Wesley; elle est plutôt biblique… « Toutes les choses… au ciel et sur la terre, visibles et invisibles » (Colossiens 1.16), les choses présentes et les choses à venir (Romains 8.38, 1 Corinthiens 3.22) font partie de ce même monde (et d’une vision de ce monde) que la Bible révèle et décrit. Ce même monde créé par Dieu est la scène sur laquelle Dieu est en train de parachever le grand drame de la rédemption et de la nouvelle création.

Si nous ne croyons pas, si nous n’avons pas en nous l’espoir audacieux que la volonté de Dieu se réalisera vraiment sur la terre comme elle se réalise au ciel, dans toutes les dimensions de la vie, de  la société et de la culture, nous n’agirons pas avec l’espoir audacieux que Dieu utilisera des moyens clefs pour exaucer la prière de Jésus, « Que ton royaume vienne » sur la terre, maintenant. Donc, nous serons incapables de voir, au moins dans notre temps et notre espace, la réalisation visible de l’intention de Dieu… que maintenant, à travers l’Église, on devrait faire connaître la sagesse de Dieu dans sa grande diversité aux dirigeants et aux autorités dans les lieux célestes. (Éphésiens 3.10). À cause de notre manque de foi, nous ne réussissons pas, en fait, à être la mission de Dieu dans le monde…

Voir le monde à travers une lentille wesleyenne et agir dans le monde d’une façon wesleyenne signifient vivre la grâce audacieuse et généreuse que nous expérimentons grâce à la puissante résurrection de Jésus-Christ. (Éphésiens 1.18-23)

VII. Une église renouvelée et « missionnelle »
 
On retrace les débuts des méthodistes à l’époque de l’expérience qui enflamma le cœur de  John Wesley à Aldersgate, le 24 mai, 1738. Mais, bien avant ce temps, Wesley entretenait l’ardent désir que l’Église se renouvelle ; comment cela se produirait-il? Touché par l’Esprit de Dieu, à Aldersgate, Wesley a d’abord découvert la puissance  et ensuite  les méthodes requises pour ce renouvellement qu’il envisageait depuis longtemps. Wesley voyait jusqu’où son Église d’Angleterre bien-aimée était tombée. Il aspirait à la voir « en pleine vitalité » et « missionnelle» (comme nous le disons aujourd’hui), ce qui transformerait l’Angleterre et ensuite le monde. L’intention de Wesley a toujours été le renouvellement de l’Église ; c’était sa mission. Il voyait le méthodisme lui-même comme un mouvement de renouveau. Ce mouvement devait être l’instrument de Dieu qui rendrait à l’Église la vitalité que Dieu avait voulu qu’elle ait – la vitalité du christianisme du tout début.

Voir le monde à travers des lentilles wesleyennes signifie avoir une vision pour le renouveau de l’église et s’attendre réellement à ce qu’elle soit remplie de la vitalité « missionnelle. » Selon la perspective de Wesley, pratiquement aucune église n’est rendue trop affaiblie pour être renouvelée. Dieu a l’intention de renouveler Son Église, aussi bien les congrégations locales que les confessions religieuses de partout dans le monde ; il s’agit de tout le peuple de Dieu à travers le monde.  

Wesley croyait qu’une église vivante est plus qu’une congrégation où les gens ont la foi et vivent de façon dévote. Une église renouvelée se démarque par la combinaison du culte et de la louange, l’évangélisation, des disciples fraternels, et un témoignage de justice et de miséricorde dans le monde.  Elle est nourrie par les sacrements, en tant que moyens de grâce réels. Une église vivante est l’instrument de Dieu pour renouveler la société. Une communauté vitale est celle qui met en pratique les passages du Nouveau Testament qui nous parlent de nous aimer « les uns les autres » en nous édifiant « les uns les autres, » en nous encourageant, en nous formant « les uns les autres » et en grandissant en Jésus (Éphésiens 4.11-16). C’est une communauté de disciples qui, grâce à l’Esprit, démontre et pratique une grande quantité de dons spirituels par lesquels elle peut remplir sa mission de justice, de miséricorde, et de paix dans le monde. 

Voir le monde à travers une lentille wesleyenne signifie qu’on ne doit jamais se décourager concernant l’Église. Nous savons que des os séchés peuvent revivre, que la résurrection est possible, que même le tronc d’arbre qui semble vraiment mort peut être toujours vivant au niveau de ses racines. Le renouveau peut revenir si les gens retournent à leur premier amour et qu’ils centrent  leurs vies et leurs témoignages sur Jésus-Christ et sur la puissance de l’Esprit.

VIII. La restauration de toute la création

Voir le monde à travers une lentille wesleyenne veut dire: voir la nouvelle création que Dieu est en train de faire à travers Jésus-Christ. La promesse de Dieu de « restaurer toutes choses » était un élément clef de la théologie de Wesley. La certitude remplie d’espoir de Wesley était basée non sur quelques références bibliques éparpillées mais sur la poussée énorme de l’histoire biblique, du début à la fin. Ses sermons, sur « La nouvelle création », « La délivrance générale », et « La terre sera remplie de la connaissance de Dieu » font ressort des versets clefs de la Bible, tels que : Romains 8.19-22 sur la libération de toute la création de « la servitude de la corruption » ; Ésaïe 11.9 sur la terre qui sera « rempli de la connaissance du Seigneur » ; et Apocalypse 21.5, « Voici, je fais toutes choses nouvelles ». Un autre texte favori de Wesley était 1 Jean 3.8, « Le fils de Dieu est apparu afin de détruire les œuvres du diable ; et le texte du Sermon 62, sur « La fin de la venue de Christ ».

Pour Wesley, le salut était en fait une question de restauration.   Le salut, c’est la guérison de la maladie du péché. L’amour de Dieu en Christ est « la médecine de la vie, le remède qui guérit tout, pour contrer tous les effets de la méchanceté d’un monde désordonné, pour toutes les misères et tous les vices des hommes et des femmes. 

La vraie « religion de Jésus-Christ » est « la méthode de Dieu pour guérir une âme » qui a été rendue malade par le péché. « C’est ainsi que le grand médecin des âmes applique des remèdes pour guérir cette maladie afin de restaurer la nature humaine  qui est totalement corrompue dans toutes ses facultés.»   Wesley a dit: « Voilà la religion que nous avons hâte de voir s’établir dans le monde : une religion d’amour, de joie et de paix qui siégerait dans les cœurs, mais qui serait visible à travers ses fruits qui n’arrêteraient pas d’en surgir, sous toutes formes de bienfaisance, en répandant la vertu et le bonheur partout autour d’elle.»    Wesley a aussi dit que « selon les Écritures, la religion chrétienne était destinée pour la guérison des nations»   Durant sa veillesse, Wesley mettait de plus en plus l’emphase sur le salut en tant que guérison à tous les niveaux de la création. 

Voir le monde à travers des lentilles wesleyennes signifie voir la nouvelle création maintenant, à travers les yeux de la foi, en se basant sur les Saintes Écritures, grâce à l’inspiration du Saint-Esprit. « Avoir la foi signifie être assuré d’avoir ce que nous espérons et être certains de ce que nous ne voyons pas » (Hébreux 11.1)  À travers les yeux de la foi, nous voyons « de nouveaux cieux et une nouvelle terre. »

Nous prévoyons l’accomplissement de la promesse, « Maintenant la demeure de Dieu est parmi les hommes, et il habitera avec eux. Ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux et sera leur Dieu » (Apocalypse 21.1-3). Par la foi, nous voyons maintenant, nous anticipons et nous attendons la nouvelle création, « la réconciliation de toutes choses. » Et nous avons maintenant reçu l’Esprit Saint, l’expérience d’anticipation actuelle de la nouvelle création finale (Éphésiens 1.13-14). Lorsque nous apprenons à connaître Dieu par Jésus-Christ, nous expérimentons les prémices de cette restauration totale que Paul décrit dans Romains 8, que le prophète Ésaïe dépeint en images, et que le livre de l’Apocalypse nous montre de façon si émouvante. 

Wesley était clair cependant, lorsqu’il a dit que la restauration de toutes choses ne vient pas sans souffrance. Romains 8.17-24 parle de nos « gémissements » et  « souffrances »; comme nous attendons et travaillons dans l’espérance, nous sommes appelés à « prendre part dans les souffrances de Jésus, afin que nous puissions aussi prendre part dans sa gloire. » En fait toute la création, maintenant en « servitude de la corruption, » « soupire et souffre les douleurs de l’enfantement jusqu’à l’heure actuelle. » Nous-mêmes nous  « gémissons intérieurement » alors que nous attendons la libération totale, « une attente ardente » que nous partageons avec toute la création pour la restauration de toutes les choses dans le temps à venir. Nous souffrons, mais comme une mère dans les douleurs de l’enfantement nous souffrons aussi dans l’espérance. Si nous souffrons avec et pour Jésus-Christ dans cet espoir, la souffrance fait partie de la rédemption.

L’emphase qui est mise sur Romains 8 n’a pas été perdue pour Wesley. Il a vu la souffrance comme un mystère, mais une condition nécessaire pour que la gloire de Dieu puisse être pleinement révélée. Dieu a accompli la rédemption du monde par la souffrance, la souffrance de Jésus-Christ au-dessus de tout, mais nous devenons participants dans les souffrances de Jésus et Dieu tisse ces (et éventuellement Wesley croyait que c’est toute souffrance,) souffrances dans ses plans de rédemption et de restauration.

Dans la pensé de Wesley, le vrai christianisme « n’implique pas seulement l’action mais aussi la souffrance, » ce qui est parfaitement compatible avec le bonheur. Wesley a cité Chrysostome: « Le chrétien a ses chagrins aussi bien que ses joies; mais sa douleur est plus douce que la joie. » Wesley a fait valoir que les souffrances, plutôt que « prévenir ou diminuer notre bonheur, . . . y contribuent grandement, et en fait ne font pas [une petite] partie de ce bonheur. » L’amour en soi mène à la souffrance; Wesley note que «l’amour de notre prochain suscitera notre sympathie à sa douleur: elle nous conduira à visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction [Jacques 1.27], à être tendrement préoccupée par ceux qui sont dans la détresse, et ‘à mélanger nos larmes de pitié avec les larmes de ceux qui pleurent.’ »   

Wesley compte les « innombrables bienfaits » qui viennent à nous « par la voie de la souffrance. » Il écrit,

« Ce qu’on appelle les afflictions dans le langage des hommes sont appelées des bénédictions dans le langage de Dieu. » En effet s’il n’y avait pas eu la souffrance dans le monde, une grande partie de la religion, oui, et à certains égards la partie la plus excellente, ne pouvait pas y avoir eu une place;. . . C’est par la souffrance que notre foi est éprouvée, et par conséquent rendue plus agréable à Dieu.  

Dans son sermon « Sur la patience » (Jacques 1:4), Wesley a défini la patience comme «une disposition à souffrir tout ce qui plaît à Dieu, selon la manière et le temps qui lui plaît. » Les souffrances ne devraient pas ni être dédaignées, ni être provoquées sans aucune raison. Le chrétien qui est patient sait qu’en fin de compte « c’est Dieu son Père » qui est « l’auteur de toutes ses souffrances, » et que le motif de Dieu pour nous laisser souffrir c’est l’amour, afin que nous puissions être « participants à sa sainteté » (Hébreux 12:10 ). En d’autres mots, c’est faire l’expérience de la pleine restauration de l’image de Dieu.  

Wesley ne voyait pas cependant la souffrance comme une vertu privée ou tout simplement comme une partie du service de la compassion. Wesley a franchement admis que la souffrance concernait toute la création, voyant cette souffrance dans le cadre plus large du rétablissement de toutes choses (ici en référence à Romains 8). Dans un passage remarquable de son sermon « La Nouvelle Création » Wesley écrit:

Combien de millions de créatures dans la mer, dans l’air, et sur toutes les parties de la terre peuvent désormais préserver leur propre vie autrement, sinon que par ôter la vie d’autrui; c’est-à-dire en déchirant en morceaux et en dévorant leurs pauvres et innocents semblables qui ne peuvent pas les résister! Sort malheureux pour ces multitudes innombrables, qui, bien qu’insignifiants, sont les descendants d’un Père commun, les créatures du même Dieu d’amour! . . . Mais il n’en sera pas toujours ainsi. Celui qui est assis sur le trône va bientôt changer la face de toutes choses, et donner une preuve visible pour toutes ses créatures que  « sa miséricorde est sur toutes ses œuvres » [Ps. 145.9]. L’état horrible des choses qui dominent à l’heure actuelle  sera bientôt à sa fin. Sur la nouvelle terre aucune créature ne va tuer ou blesser ou faire mal à l’autre. . . . « Le loup habitera avec l’agneau »  (ici les mots peuvent être à la fois compris littéralement mais aussi au sens figuré) « et le léopard se couchera avec le chevreau » [Ésaïe 11.6]. « Ils ne doivent pas blesser ou détruire  » [Ésaïe 11.9] depuis le lever du soleil jusqu’à son couchant. »  

Peut-être la chose la plus remarquable ici (en contournant toutes les questions scientifiques que nous pourrions soulever) est que Wesley voit cette restauration, cette nouvelle création, comme littérale et physique, et non pas exclusivement spirituelle. Des passages comme Ésaïe 11 sont à prendre  « au sens propre aussi bien qu’au sens figuré. »
 
Voir le monde d’une manière Wesleyenne, c’est aussi vivre dans l’espoir de la restauration de toute la création et la compréhension que nos souffrances présentes jouent en quelque sorte un rôle nécessaire dans notre contribution au règne de Dieu dans sa plénitude.

Conclusion

Notre télévision et nos écrans d’ordinateurs, nos panneaux publicitaires et nos journaux, nos cinémas et nos magazines, nous offrent sans arrêt des façons de voir le monde. Ils nous présentent une vision de la réalité. Mais il s’agit d’une vision déformée; une vision déformée du monde et une histoire suicidaire, « le sentier qui mène à la destruction ».

Voir le monde à travers des lentilles wesleyennes nous offre une vision agrandie et audacieuse, plus qu’une vision du monde ; il s’agit d’une façon de vivre le plan de Dieu  dans le monde et de nous engager dans la mission de celui qui a dit, « Comme le père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20.21).

Avoir une vision wesleyenne signifie vivre « dans une attente joyeuse » salut complet de Dieu,  alors que toutes choses sont amenées à leur plénitude et que le Dieu trin, Père, Fils et Saint-Esprit est glorifié en toutes choses pour toujours. Ayant cette vision et cette attente, nous tentons de  « ivre une vie qui soit digne du Seigneur et à lui plaire en tout: porter du fruit dans chaque bonne œuvre, grandir dans la connaissance de Dieu » Colossiens 1.10).  Une fois remplis de l’Esprit, nous devenons des agents de la réalité que nous voyons grâce au don de la foi.

Si je suis wesleyen, voici ce que je ferai.

1. J’essaierai de toujours vivre et agir dans la présence de Dieu et de vivre une vie bien ordonnée, de façon pieuse et sainte. Je saurai que cela n’est possible que si je suis rempli de l’Esprit et que je marche avec l’Esprit, sachant que le rôle de l’Esprit est de m’aider à vivre et agir selon Jésus-Christ, rempli de la passion de Jésus dans le but de glorifier Dieu et de travailler pour le royaume.

2. Je dois construire ma vie sur les Écritures, en lisant la Bible à chaque jour et en l’étudiant, en cherchant à lui obéir et non seulement l’entendre. Je comprendrai les Écritures grâce à la révélation de Dieu en Jésus-Christ (et vice versa), et je connaîtrai la Bible et je la mettrai en pratique; surtout du fait que la Bible n’est pas un livre de dévotion personnelle mais le livre de l’église, le livre de l’alliance, qui doit être interprété et mis en pratique dans la communauté.

3. Je dois pratiquer un optimisme de grâce, qui vient des promesses de Dieu dans les Écritures, de la résurrection de Jésus-Christ, et de la promesse rattachée au Royaume de Dieu.

4. Je dois désirer ardemment le renouvellement de l’église au niveau local, régional, et mondial, et exprimer ce désir ardent de façon pratique en m’engageant et en m’impliquant dans une communauté chrétienne locale mais aussi en utilisant mes dons spirituels et autres ressources pour faire progresser la vitalité et la mission de l’Église dans le monde entier.

5. Je dois avoir une vision pour l’œuvre de Dieu dans le monde dans toutes ses dimensions – et particulièrement une vision pour la proclamation et la démonstration de la Bonne nouvelle de Jésus-Christ et de son règne dans toutes les villes et parmi tous les peuples de la terre.  Je verrai l’image de Dieu qui est reflétée dans toutes les personnes et dans toutes les cultures, même si cette image est obscurcie par le péché. Ma passion sera « que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel » dans toutes les dimensions de la société et parmi tous les peuples de la terre.

6. Je dois avoir une passion pour faire connaître la Bonne nouvelle de Jésus parmi les pauvres,  construire l’Église parmi les pauvres, en apprenant des leçons parmi « les pauvres, les veuves, les orphelins, et les étrangers » et tenter de mettre fin à l’oppression injuste, à pourvoir aux besoins fondamentaux des humains où qu’ils soient, et travailler à établir un ordre juste dans la société, au niveau local et aussi au niveau global.

Je serai conscient du danger lié à « l’augmentation des richesses » et à « l’accumulation des trésors sur terre » en allant au-delà d’une intendance personnelle prudente dans le but  de ne pas devenir un fardeau pour les autres. J’insiste en disant qu’une excellente façon de vérifier l’authenticité d’un gouvernement est de se demander s’il « fait  justice aux malheureux et droit aux pauvres » (Psaumes 140.13).

7. Je verrai « la sagesse de Dieu dans sa création, » louant Dieu avec respect et admiration lorsque je considère les œuvres de ses mains, des choses inimaginables et complexes reliées aux écosystèmes de la terre et de tout l’univers. Je tenterai de comprendre l’intention de Dieu concernant l’ordre de la création et comment tout cela s’amalgame et clarifie pour nous le plan de rédemption et la nouvelle création de Dieu.

Je pratiquerai l’intendance en prenant soin de la création que Dieu a confiée à l’humanité, non seulement par obéissance mais aussi parce que je vois une connexion inévitable entre le bien-être humain et le bien-être de la terre et parce que je vis avec un certain espoir que « la création elle-même sera libérée de la servitude de la corruption et amenée à la liberté et la gloire des enfants de Dieu » (Romains 8.21). 

C’est ce que je ferais si je suis un chrétien wesleyen authentique. Il est certain que cette façon compréhensive d’incarner l’évangile n’est quand même pas que wesleyen; selon ma compréhension, cela est d’abord biblique. 

Pour ceux d’entre nous qui sont de tradition wesleyenne, le but est de suivre Jean Wesley comme il a suivi Jésus-Christ.  Pour tous et chacun de nous, le but est de suivre Jésus avec fidélité dans notre monde, en cherchant premièrement à glorifier Dieu et de garder le royaume de Dieu tout à fait au cœur de nos vies (Matthieu 6.33). 

Peut-être que la référence faite par l’apôtre Pierre aux dons spirituels dans 1 Pierre 4.10-11 s’applique aussi aux dons ou charismes que nous partageons au sein de nos différentes traditions :

« Que chacun d’entre vous utilise quelque don que ce soit que vous ayez reçu pour servir les autres, en tant qu’intendants fidèles de la grâce si diverse (multicolore) de Dieu…  afin qu’en toutes choses, Dieu soit glorifié par Jésus-Christ à qui appartiennent la gloire et la puissance aux siècles des siècles. Amen » (1 Pierre 4.10-11). 

Lors d’un de ses voyages, Wesley se rendit dans la ville de Salisbury. Il trouva là une petite fille méthodiste de neuf ans nommée Élizabeth Bushell, qui voulait participer au Sacrement de la Sainte Communion avec les autres méthodistes de l’église de cette paroisse anglicane locale. Mais on lui refusa la communion à cause de son âge. Wesley prit la petite fille sur ses genoux et il parla avec elle de la signification du Repas du Seigneur. Et « sans attendre, là où ils se trouvaient, il lui administra le sacrement de la Sainte Communion. »  Elizabeth Bushell a grandi et elle a servi le Seigneur pour chacun des  jours de sa vie.

Je veux voir le monde, et voir les gens, de la façon que Wesley l’a fait – à travers les yeux de l’amour de Dieu.


Notes de fin

1 Ce discours est une version révisée et  étendue de mon article “Voir le monde à travers des lentilles wesleyennes” publié dans Mosaic 4:3 (Été 2007) 5-6, 8.

2 John Wesley, The Works of John Wesley, Bicentennial Ed. (Nashville: Abingdon, 1984), 22:147.

3 Citation dans Nehemiah Curnock, ed., The Journal of the Rev. John Wesley, A.M. (London: Epworth Press, 1938), 6:511.

4 Wesley, Sermon 62, “The End of Christ’s Coming,” III.5.

5 See Arthur O. Lovejoy, The Great Chain of Being: A Study in the History of Ideas (1936; reprint, Harper Torchbooks, 1960), et la discussion entre Howard A. Snyder et Daniel V. Runyon, Decoding the Church: Mapping the DNA of Christ’s Body (Grand Rapids: Baker, 2002), 109–12.

6 Robert Southey, The Life of Wesley; et Rise and Progress of Methodism, Second American Edition (New York: Harper & Brothers, 1847), 1:390.

7 John Wesley, Explanatory Notes Upon the New Testament (London: Epworth Press, 1958), 832; 227 (commenting on Lk. 7:22).

8 Wesley, ENNT, 216 (Luc 4.18-20). En parlant « d’une année de grâce du Seigneur » Jésus fait visiblement allusion à l’année du jubilé, alors que, ceux qui devaient de l’argent et les esclaves étaient libérés » Comparez ses commentaires dans Matthieu 5.3 et Luc 6.20.

9 Wesley, Sermon 23, “Upon our Lord’s Sermon on the Mount, Discourse III,” I.11.

10 John Wesley, A Compendium of Natural Philosophy, Being a Survey of the Wisdom of God in the Creation, “A New Edition,” ed. Robert Mudie, 3 vols. (London: Thomas Tegg and Son, 1836), 2:370f.

11 Wesley, Sermon 85, “On Working Out Our Own Salvation,” (le travail que nous avons à faire pour notre propre salut) II.1.

12 Wesley, Sermon 51, “The Good Steward,” Par. 2.

13 Works of John Wesley (Bicentennial Ed.), 2:500.

14 Wesley, An Earnest Appeal to Men of Reason and Religion, in Works of John Wesley, Bicentennial Ed., 11:45.

15 Wesley, Sermon 44, “Original Sin,” III.3.

16 Wesley, Earnest Appeal, in Works of  John Wesley, Bicentennial Ed., 11:46.

17 Wesley, Sermon 61, “The Mystery of Iniquity,” Par. 31 (Rev. 22:2).

18 Wesley, Sermon 84, “The Important Question,” Par. 6. The final quotation is from Alexander Pope.

19 Wesley, Sermon 59, “God’s Live to Fallen Man,” Par. 37.

20 Wesley, Sermon 83, “On Patience,” Par. 3; cf. ENNT, 848 (Heb. 12:10).

21 Wesley, Sermon 64, “The New Creation,” Par. 17.

22 Cité dans Curnock, ed., Journal of the Rev. John Wesley, 5:291.

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